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27 févr. 2012

Numéro 6 - Témoignage : Le suivi de grossesse par une sage-femme


Au Québec, les statistiques disent qu’il y a cinq demandes pour une place; je m’estime donc très chanceuse d’avoir pu être suivie par une sage-femme pendant ma grossesse, un suivi qui me paraissait plus humain, plus doux, plus naturel, plus respectueux. Mon expérience a confirmé tout cela.

Je ne suis bien sûr pas en mesure de comparer personnellement ce suivi avec un suivi médical classique, mais voici pourquoi j’ai fait ce choix et comment s’est déroulé ma grossesse avec ma sage-femme (Amaili, du CSSS Jeanne Mance) :

- Il s’agit d’un suivi que l'on choisit volontairement, après avoir assisté à une réunion d'information et donc décidé si c'est ce qui nous convient le mieux ou non.
Si la sage-femme qui nous est “assignée” ne nous convient pas pour diverses raisons, on peut aussi demander à être suivie par quelqu’un d’autre.
À noter qu’elles fonctionnent en binôme, et juste au cas où la seconde sage-femme serait de garde le jour J, on la rencontre toujours avant l’accouchement.

- Si un "problème" survient à n'importe quel stade de la grossesse, on vous transférera vers un suivi par un médecin, par exemple en cas de diabète, d'hypertension ou de grossesse multiple.

- Normalement quand on est suivie par une sage-femme, on accouche chez soi ou à la maison de naissance où elle exerce. Le CSSS Jeanne Mance n’ayant pas encore de chambre de naissance, j’avais le choix entre accoucher chez moi ou à l'hôpital St Luc, où 2 chambres sont réservées en permanence. J’ai choisi l’hôpital.

- Le suivi lui-même consiste en un rendez-vous d'une heure avec sa sage-femme attitrée, au début toutes les 6 semaines puis de manière de plus en plus rapprochée au fur et à mesure que la grossesse avance. Rendue à 37 semaines, on se voit une fois par semaine.
Ces rendez-vous permettent d'établir un vrai contact avec cette personne, toujours la même donc, à qui vous pouvez poser toutes vos questions, avec qui vous pouvez discuter de tous les aspects de la grossesse (physiques et psychologiques), de l'accouchement, de l'accueil du bébé, etc.
Elle procède aussi à chaque fois à un examen clinique (prise de tension, écoute du cœur du bébé, etc.) mais il n'y a pas d'examen gynécologique systématique, seulement un contrôle effectué vers 4 ou 5 mois de grossesse, et d'autres seulement en cas de problème ou signes d'une naissance prématurée éventuelle.

- En dehors des rendez-vous, il y a un système de garde, ainsi il y a toujours une sage-femme de l'équipe disponible, quel que soit le jour et l’heure. On peut l'appeler en cas d'urgence bien sûr, mais aussi pour une douleur ou une inquiétude... C’est drôlement plus rassurant et efficace que le 911!

- Le principe des sages-femmes est de faire confiance aux mères pour savoir quoi faire. Ainsi, les réunions prénatales consistent davantage en une discussion plutôt qu’en un "mode d'emploi" ferme et définitif. D'ailleurs, personne n'est obligé d'assister à ces réunions, on fait comme on veut : il y en a 4 en tout et on peut tout aussi bien aller à aucune d’entre elles ou juste à celles qu'on veut!

- On a de toutes façons le choix pour à peu près tout : dépistages divers, échographies, rien n'est imposé (sauf s'il faut s'assurer de quelque chose évidemment); notre sage-femme nous explique à chaque fois qu'à ce stade de la grossesse, c'est le moment de faire ceci ou cela, on en discute et on décide si on le fait ou non. Pour les examens qu'elle ne peut pas faire elle-même, elle écrit les prescriptions.

- Si tout se passe bien lors de l'accouchement, on ne voit même pas le personnel de l'hôpital, seulement la sage-femme, ainsi qu'une seconde qui vient l'aider (en fait il y en a une pour le bébé et une pour la maman), puis une aide-natale qui vient aider aux premiers soins du bébé, à démarrer l'allaitement, à rassembler nos affaires pour rentrer à la maison, à bien installer bébé dans le siège auto, etc.
En cas de problème au moment de l'accouchement, l'équipe médicale de l'hôpital prend bien entendu le relais des sages-femmes (c'est pourquoi j’ai personnellement trouvé plus rassurant d'accoucher à l'hôpital, en cas de problème, on gagne le temps du transport).

- Pour l'accouchement tout est orienté vers "le plus naturel" possible, c'est-à-dire avec le moins d'interventions : pas d’épidurale, pas d'épisiotomie, pas de forceps ou ventouse, évitement de la césarienne autant que possible (à 34 semaines la sage-femme vérifie que le bébé est bien la tête en bas et si ce n'est pas le cas, ou s'il se retourne à nouveau, il y a des exercices à faire pour qu'il se mette dans la bonne position).
Dans la même optique, et toujours sous condition que tout se passe bien, on pratique le peau à peau immédiatement : le bébé est mis sur la poitrine de la maman dès sa naissance, sous des couvertures pour le réchauffer, et on attend un peu avant de couper le cordon.
La sage-femme procède ensuite au test d'Apgar et autres vérifications d'usage puis la première mise au sein (si on a décidé d'allaiter, là encore c'est nous qui choisissons) se fait dans la première heure de vie du bébé.

- Après l'accouchement à l'hôpital, on a 12 heures pour rentrer à la maison, ce qui semble rapide mais finalement si tout le monde va bien, c’est bien agréable de quitter l'hôpital pour être tranquillement chez nous.

- Dernier point très avantageux du suivi par sage-femme : maman et bébé bénéficient d'un suivi post-partum de 6 semaines.
La sage-femme vient ainsi nous visiter à la maison le jour même ou le lendemain de la naissance puis encore au 3e et au 5e jour. Ensuite nous allons la voir une fois par semaine jusqu'à ce que le bébé ait 6 semaines. Cela permet de vérifier que tout se passe bien pour les deux au niveau physique et psychologique, et d'aider éventuellement à l'allaitement, aux soins etc. si on est paniqués. Là encore, pendant ces 6 semaines on peut l'appeler 24h/24, 7 jours/7.

Pour plus d’informations et la liste des maisons de naissance au Québec, vous pouvez consulter le site de l’Ordre des sages-femmes du Québec : http://www.osfq.org/

Marlène Weil-Masson

Au Québec, les femmes ont accès gratuitement à des services de sage-femme depuis 1999.

Aujourd’hui au Québec, 25% des femmes désirent accoucher en dehors du milieu hospitalier. Seulement 2% d’entre elles seront suivies par des sages-femmes.

Numéro 6 - Ça c’est le vrai hiver !


Avant de décider de commencer ma nouvelle vie ici, l’hiver canadien était toujours le point de débat dans ma famille : serais-je prête à supporter plusieurs degrés au-dessous de zéro quand l’hiver dans ma ville natale, Lima au Pérou, le thermomètre atteint les 10 degrés Celsius ? Ma réponse était toujours la même : pas de problème ! Puisque j’avais déjà expérimenté l’hiver nord-américain à New York, mais comme touriste et pendant cinq jours.  Bien sûr, je ne réalisais pas qu’à Montréal, l’hiver est encore plus froid !

En tant que nouveaux arrivants et avant que notre premier vrai hiver en 2007, mon mari et moi avions déjà planifié notre stratégie de survie face au cruel et impitoyable climat qui nous attendait : nous nous étions munis des outils indispensables comme de bons chandails d’hiver, des bottes, des gants, des tuques et des cache-cous plusieurs mois à l’avance et nous avions pris l’habitude de porter deux pantalons et deux paires de bas, même si on habitait à quelques pas du métro. Quelques hivers plus tard, j’appris que mes amis québécois auraient qualifié nos accoutrements et nos précautions d’exagérés. 

Cette année je vis mon cinquième hiver et grâce aux expériences passées, je me permets de profiter de la neige et des températures négatives sans aucun souci. Après cinq ans ici, je me sens presque intégrée à cette culture merveilleuse, même s’il m’arrive d’oublier qu’écouter quotidiennement la météo est aussi une des clés à l’intégration. Bienvenue l’hiver !

Yesica Durand

Numéro 6 - Mon premier hiver au Québec


Lorsque j’étais dans mon pays, au Burkina Faso, en attente de mon visa pour le Canada, j’étais impatiente de venir rejoindre mon mari.  Il m’écrivait : ‘’Ne sois pas si pressée de venir au Canada, car il y fait très froid,  la température peut descendre jusqu'à  - 40 C’’. Je me demandais bien de quel froid il s’agissait pour qu’il ne cesse de m’en parler.
Puis le grand jour arriva enfin, c’était le 11 mars 2008. Mon passeport en mains, assise confortablement dans l’avion, je regardais par le hublot pendant l’atterrissage.  À ma grande surprise, je vis un homme portant un manteau qui me semblait lourd avec un chapeau et de grands cache-oreilles. C’est alors que je me dis à voix basse : ‘’Mais quelle exagération ! Je veux bien comprendre qu’il fait froid, mais de là à s’habiller à ce point ! Wow !
Après avoir satisfait les exigences de l’administration et des douanes, quel bonheur je ressentis en voyant mon mari me faire signe de la main.  Heureux de nos retrouvailles, il me remit un manteau lourd semblable à celui du gars que j’avais vu de là-haut, des bottes et un chapeau. ‘’Porte ça sinon tu vas geler’’ me dit-il.  Je regardai autour de moi pour être certaine que les gens ne me trouveraient pas ridicule avec un tel accoutrement.  Aujourd’hui quand j’y repense, ça me fait bien rire. Je portais un pantalon 3/4, un chemisier ¾ et des souliers.  C’était plutôt moi qui devait attirer l’attention alors que j’arrivais directement de l’Afrique avec ses 40 C. J’endossai donc les vêtements avec une certaine gêne il va s’en dire puis nous prîmes le chemin de la sortie. 
Une fois dehors, je perçus un froid terrible et démoniaque me traverser les os et faire frémir toute ma peau.  J’émis aussitôt un cri : ‘’Qu’est-ce que c’est que ça’’? Au même moment, une fumée blanche sortit de ma bouche et croyez-le ou non, une panique totale s’empara de moi.  Je répétai à mon mari : ‘’De la fumée blanche sort de ma bouche, qu’est-ce qui se passe ?’’ Il m’expliqua que c’était dû à la température froide à l’extérieur alors que ma bouche expirait de l’air chaud. Cette journée-là, la température atteignait - 30 C. Je n’étais pas au bout de mes surprises, vous vous en doutez bien. 

On était en direction de la maison quand j’aperçus une butte toute noire d’environ 10 mètres de haut et d’autres plus petites qui longeaient l’autoroute. Je demandai alors à mon mari pourquoi les gens entassaient-ils ainsi le sable en bordure de la route en cette période de froid ? Ce n’est pas du sable, mais de la neige salie me dit-il. Wow ! J’étais vraiment impressionnée.
Le lendemain matin, mon mari m’amena à une épicerie située non loin de l’appartement, un marché Loblaws en fait. Vous imaginez mon étonnement ! Je restai bouche bée, impressionnée, troublée par une telle abondance que je pouvais voir et toucher pour la première fois de ma vie. Ce marché équivalait selon moi, à près de la grandeur de mon village.

Je pourrais vous raconter mes impressions sur tant d’autres splendeurs qui me font davantage apprécier ma vie au Québec!  Je pourrais vous exprimer mon émerveillement à la vue de la neige blanche qui embellit le paysage et entre autres de l’air frais qu’apportent les beaux jours du printemps alors qu’en Afrique la chaleur est insupportable. Et que dire de l’éclosion des bourgeons qui redonnent vie à la nature !

Oh oui ! Je pourrais vous raconter tant d’autres belles choses qui me fascinent encore et encore…

Brigitte Koama